• Karim Ghariani

Etoile du Sahel : La qualification, et après ?


L’Etoile du Sahel a décroché hier après-midi son billet pour les quarts de finale de la Ligue des Champions en arrachant le match nul sur la pelouse du Ferroviario Beira au Mozambique. Le seul but étoilé a été inscrit par le milieu Slim Ben Belgacem, auteur d’un match intéressant pour l’une de ses rares apparitions sous le maillot étoilé. Malgré cette qualification, les joueurs d’Hubert Velud se sont fait peur en encaissant un but à un quart d’heure de la fin alors que la victoire leur tendait les bras face à un adversaire largement à la portée et qui avait d’ailleurs concédé une large défaite 5-0 à Sousse. Un rendement toujours aussi insuffisant

Une fois de plus, l’insuffisance de certains éléments de l’équipe fut hier béante et le club du Sahel ne peut se permettre de poursuivre sur ce chemin-là s’il ambitionne d’arriver loin dans cette compétition, ou même de jouer les premiers rôles sur le plan local au cours de la saison qui arrive. Ces insuffisances au niveau du rendement durent aujourd’hui depuis beaucoup trop longtemps pour une équipe qui nourrit, ou au moins qui est censé nourrir, de grandes ambitions. Très clairement, des joueurs comme Ghazi Abderrazek et Diogo Acosta n’ont à ce jour plus rien à faire dans le onze de départ d’une équipe qui va disputer les quarts de finale de la Ligue des Champions et pour qui chaque saison devrait être une lutte pour le titre dans le championnat local. En plus du fait que ces joueurs disputent aujourd’hui la totalité des rencontres alors que leur niveau est très nettement en dessous de tout, il est également étonnant de voir que ceux-ci ne font face à aucune concurrence alors que leurs piètres performances durent maintenant depuis assez longtemps. On pourrait ajouter à ces deux cas ceux de Zied Boughattas et Iheb Msakni, eux aussi en grande souffrance lors des dernières rencontres, mais qu’aucun autre élément n’a pourtant réussi à déloger de leur place de titulaire. Il est donc temps que les dirigeants du club du Sahel ouvrent les yeux face à cette situation sous peine de voir leur équipe perdre progressivement du terrain face à des adversaires bien mieux armés sur le plan local et continental. Il est également plus que temps de réaliser que les éléments cités étaient pour la plupart en surrégime durant les deux années de succès sous Faouzi Benzarti, et qu’ils profitaient des bons résultats de leur équipe qui servaient de cache misère et permettaient de ne pas se focaliser sur leurs performances insuffisantes lorsqu’ils étaient en dessous de leurs coéquipiers. C’est justement cette remise en question insuffisante dont souffre aujourd’hui l’Etoile du Sahel (et un grand nombre de clubs tunisiens) et l’empêche de progresser comme elle le devrait.Autre situation alarmante, la progression très lente ou inexistante d’éléments pourtant présents au club depuis maintenant une période assez importante. On peut notamment citer l’exemple d’Alkhaly Bangoura, élément talentueux mais aujourd’hui encore beaucoup trop « brut » et qui peine à évoluer en étoffant ses qualités. Si sa blessure grave survenu il y a maintenant un bon moment a bien évidemment été un frein à sa progression, le guinéen âgé seulement de 21 ans mais qui avait déjà été lancé par Roger Lemerre, peut aujourd’hui profiter pleinement de ses capacités physiques et se situe dans une période importante de sa carrière. Pourtant, les manquements dans son jeu sont toujours aussi évidents et cela n’a pas l’air de s’améliorer au fil des mois, ce qui constitue donc un énorme gâchis lorsqu’on connait les qualités dont bénéficie ce joueur. Manque d’investissement de sa part, ou environnement (entraineur, staff) peu propice à la progression, la question mérite aujourd’hui d’être posée.


Un mercato salvateur ?


Au niveau du recrutement, le club du Sahel a bien débuté cette période de mercato estival en officialisant la semaine dernière la signature de Omar Zekri (Ex Hammam Lif), jeune milieu offensif prometteur capable d’évoluer sur les deux cotés et qui devrait assurément apporter de la fraîcheur dans ce secteur. Concernant le poste d’attaquant de pointe où évolue le très décevant Acosta, le recrutement du buteur égyptien d’Enppi, Amr Meray, semble acté, tandis que le retour au club de Chermiti à lui aussi l’air d’être dans la bonne voie. Ces deux renforts offensifs, en plus de Omar Zekri, sont aujourd’hui plus que nécessaires à un poste clé où il y a une place à prendre. Plus bas, si le retour de Franck Kom semblait lui aussi proche de se conclure la semaine dernière, l’affaire semble aujourd’hui plus compliquée que prévu dans la mesure où un concurrent de poids, en la personne de l’Esperance de Tunis, est entré dans la danse afin d’essayer d’attirer le joueur de Karlsruhe dans ses rangs. Ainsi, Faouzi Benzarti, qui avait fait du camerounais l’élément clé de son équipe lorsqu’il était à la tête de l’Etoile, souhaiterait l’avoir sous ses ordres une fois de plus. Et si la volonté du joueur semble se tourner vers Sousse et "son club de cœur", il sera tout de même difficile pour l’ESS de le convaincre si l’offre du club tunisois comporte des avantages financiers qui pourraient faire pencher la balance.

D’autre part, le poste de latéral gauche, qui est lui aussi dans l’urgence, ne semble pas poser de soucis particuliers aux dirigeants étoilés dans la mesure où aucune piste ne semble avoir été activé à ce jour pour remplacer ou même concurrencer Abderrazek. L’alternative la plus crédible dans ce secteur semble donc être à ce jour celle de Haythem Ayouni dont les minutes disputées jusque-là avec le club se comptent sur le doigt d’une main. Inutile de le préciser, cela semble largement insuffisant, et un marché tunisien qui ne déborde pas de pistes intéressantes à ce poste-là ne devrait pas servir d’excuses à une cellule de recrutement dont l’imagination ne semble pas à ce jour atteindre des sommets. Cependant, une autre alternative pourrait être l’incorporation à terme de Ahmed Raddaoui, jeune élément formé au club et qui avait notamment reçu une invitation de la part du club du Havre afin de passer des tests au sein du club français en Octobre dernier.Cependant, si Raddaoui était présent à la reprise des entrainements au début du mois de Juin, il n’a jusque-là pas fait la moindre apparition sous le maillot de l’Etoile. Mais qu’il s’agisse de Raddaoui, Ayouni, ou n’importe quelle autre solution qui pourrait résider dans l’intime imagination de l’ancien coach de Mazembe, il est aujourd’hui plus que temps d’essayer autre chose sur un côté gauche de la défense qui devient de plus en plus problématique au fil des rencontres disputées.


Quel effectif pour le futur ?


En plus de recrutements nécessaires à certains postes où un renouvellement s’impose, le club doit également anticiper des départs qui risquent de devenir de plus en plus inéluctables. On retrouve ainsi des éléments à qui l’Europe fait les yeux doux et pour qui un transfert est devenu nécessaire quant à leur progression. L’élément qui s’inscrit le plus dans cette optique est aujourd’hui Mohamed Amine Ben Amor, dont les derniers échos font état d’un intérêt de la part du Hertha Berlin, mais qui avait également attiré les sirènes du club de Malaga, en Janvier dernier, à la suite de ses excellentes performances lors de la CAN. S’il est inutile de préciser son importance dans une équipe au sein de laquelle il est le garant de l’équilibre collectif, on peut imaginer à quel point sa perte serait un vrai coup dur. Et même si le recrutement de Kom venait à se conclure, cela ne serait pas suffisant à pallier le départ du joueur formé à l’Etoile et un nouveau renfort serait alors également nécessaire. Une solution qui pouvait être envisageable il y a quelques jours encore était l’incorporation à terme de Wajdi Kechrida dans le cœur du jeu et aux côtés d’un élément au profil qui s’apparente davantage à celui de Ben Amor, élément qui serait, dans l’idéal, Franck Kom. Cependant, le joueur de 21 ans vient tout juste de résilier son contrat à l'amiable avec le club qui se retrouve dans l'obligation de le remplacer numériquement, au risque de se retrouver dans le besoin à un moment charnière de la saison.


Un autre joueur dont le départ parait probable dans les semaines ou les mois à venir est Hamdi Nagguez. Même si le latéral droit de l’Etoile et de la sélection est aujourd’hui absent pour blessure, il ne serait pas étonnant de voir ressurgir l’intérêt de certains clubs évoluant notamment en Ligue 1 dès lors qu’il enchainera à nouveau les performances en club et avec les Aigles. Et si Rami Bedoui a longtemps assuré l’intérim sur le côté droit de la défense en l’absence de Nagguez, on voit mal ce dernier s’imposer sur le long terme à ce poste-là. La solution pourrait alors se trouver au sein même de l’effectif en la personne de Alaya Brigui, latéral droit de formation qui fut replacé un peu partout (et parfois avec succès) sous Faouzi Benzarti et qui est en nette perte de vitesse depuis maintenant de longues semaines. Un replacement à son poste de prédilection pourrait alors s’avérer salvateur pour ce joueur qui bénéficie de toutes les qualités pour assurer la relève dans ce secteur-là et qui décevait rarement lorsqu’il y jouait encore, avant d’être poussé à évoluer plus haut sur le terrain, notamment du fait de l’éclosion de Nagguez à ce poste.


Enfin, et même si son départ parait beaucoup moins probable que celui des deux cités précédemment, Hamza Lahmar fait lui aussi partie des éléments susceptibles d’avoir des envies d’ailleurs. Le milieu offensif de formation que Benzarti a transformé en véritable Regista évoluant beaucoup plus bas sur le terrain est devenu le véritable métronome de son équipe, arrivant même à gagner sa place en sélection nationale et à être convoqué pour la CAN 2017. Lui aussi en perte de vitesse ces dernières semaines à l’image de son club, Lahmar pourrait néanmoins être tenté de découvrir un nouveau championnat dans le cas où une offre intéressante atterrirait sur le bureau des dirigeants étoilés. Il serait alors inutile de chercher à le remplacer par un élément au profil similaire pour la simple et bonne raison que ce profil est aujourd’hui une denrée extrêmement rare, qui plus est dans le championnat local. Organisateur évoluant bas sur le terrain, mais ne bénéficiant pas des qualités propres aux milieux récupérateurs classiques, Lahmar est un joueur hybride, un artiste qu’il faut entourer des éléments susceptibles de préserver le bon équilibre de l’équipe, ce qui a d’ailleurs parfois fait défaut à l’Etoile du Sahel. Son remplaçant pourrait alors être un milieu un peu plus offensif, doué techniquement et capable de faire le lien entre le milieu et l’attaque. Le premier nom qui nous vient à l’esprit et sans penser à des recrutements supplémentaires est celui de Slim Ben Belgacem. Même si le joueur formé au club a longtemps attendu avant d’avoir sa chance avec l’équipe première (longtemps prêté puis vendu à d’autres clubs tunisiens avant d’être récupéré en Janvier dernier), on peut penser que Ben Belgacem peut aujourd’hui avoir enfin atteint la maturité nécessaire qui pourrait lui permettre de s’installer pour de bon au sein de son club formateur. Son match très intéressant ce Samedi face au Ferroviario Beira peut d’ailleurs nous permettre de nourrir quelques espoirs quant à sa faculté d’être une véritable alternative pour le futur, que ce soit dans le cas ou non d’un départ de Hamza Lahmar.


Si certains recrutements semblent donc aujourd’hui inévitables afin d’assurer à l’équipe une certaine continuité et lui permettre d’être performante sur toutes les compétitions dans lesquelles elle est engagée, il est également nécessaire d’opérer à un dégraissage. Certains éléments représentent effectivement à ce jour un poids pour le club qui ne semble pas compter sur eux et qui n’ont d’ailleurs jamais semblé rentrer dans les plans de l’équipe dans le passé, ce qui en revient à se questionner sur la raison même de leur recrutement. Les premiers noms qui viennent alors à l’esprit sont ceux de Zouheir Dhaouadi et Houcine Nater, qui ont tous deux très peu évolué sous les couleurs de l’Etoile et dont un départ serait bénéfique à la fois pour le club et pour la suite de leur carrière. D’autres éléments qui seront de retour de prêt pourraient eux aussi s’ajouter à cette liste, et les dirigeants devraient alors faire le nécessaire afin de constituer un effectif plus limité dans le nombre, mais qualitativement plus important.


Voici donc à quoi pourrait ressembler l'équipe de l'Etoile du Sahel dans les semaines à venir si les différentes pistes venaient à s'officialiser et si aucun départ n'est enregistré, autrement dit dans le meilleurs des cas.