• Karim Ghariani

Taha Yassine Khenissi : L’attaquant que la Tunisie attendait tant


Dans un pays où les attaquants de pointe ont souvent eu pour principaux attributs un physique plutôt avantageux et une puissance capable de mettre à mal à peu près la totalité des défenses du continent, et ce au détriment d’une qualité technique parfois bien médiocre, les plus grands clubs de l’élite ont fini par comprendre bien malgré eux que le bonheur pouvait résider autre part. Avec bien plus d’échecs que de succès (on vous passera les nombreux Otorogu, Ezechiel et Maazou), le modèle de recrutement des clubs tunisiens à ce poste s’est avec le temps transformé en une caricature de lui-même, se retrouvant ainsi dans l’obligation de se diversifier. Les anciens Eneramo, Obiakor et Ndjeng ont donc été remplacé par des attaquants au profil différent, parmi lesquels on retrouve celui qui s’impose à ce jour et de manière indiscutable comme le meilleur numéro 9 tunisien en activité. Mesdames et Messieurs, on a nommé Taha Yassine Khenissi.


Un buteur décisif


79 buts en 140 matchs pour l’un, 50 buts en 110 matchs pour l’autre : voilà les statistiques respectives de Michael Eneramo et Yannick Ndjeng, les deux grands buteurs qui ont marqué la dernière décennie chez les Sang et Or. Ajoutez les 31 buts en 80 rencontres d’Ahmed Akaichi, et vous obtenez trois éléments assez difficilement remplaçables, du moins au niveau des statistiques. Assurer leur succession fut donc très loin d’être une tâche facile, encore moins au sein d’un club qui joue pour tout gagner, où la moindre performance est scrutée et l’obligation de résultat immédiate. Cependant, cela était sans compter sur celui qui est aujourd’hui l’attaquant de la sélection entrainée par Nabil Maaloul, coach qui a d’ailleurs connu le joueur de 25 ans pendant son temps à l’EST. D’abord formé au club de la capitale avant de s’envoler pour Sfax dans l’objectif d’avoir plus de temps de jeu, Taha Yassine Khenissi a remporté avec les bianconeri un championnat de Tunisie et une Coupe de la Confédération, parvenant ainsi à étoffer un palmarès où les seules lignes étaient jusque-là des trophées auxquels il avait très peu ou pas du tout participé. Après des années de succès avec le CSS, Khenissi choisit de retourner dans la capitale, avec cette fois-ci pour objectif d’aider son ancien club, alors en baisse de régime, à revenir au-devant de la scène. Mission jusque-là bien remplie, puisque dès son retour en 2015, Khenissi remporte avec son club formateur une Coupe de Tunisie lors de laquelle il est buteur en finale, avant de soulever il y a quelques semaines un trophée qui lui était déjà familier, celui du Championnat. Et si l’équipe entrainée par Faouzi Benzarti est aujourd’hui l’un des grands favoris à la victoire finale en Ligue des Champions, la présence du natif de Zarzis au sein de cette dernière n’y est pas étrangère. Avec 37 buts en 60 rencontres jouées sous les couleurs Sang et Or, soit un peu plus d’un but tous les deux matchs, Khenissi s’impose aujourd’hui comme un joueur clé, constamment décisif et toujours présent dans les grands rendez-vous. Son récent doublé contre l’Etoile du Sahel dans ce qui était la « finale » du championnat, ainsi que celui inscrit sur la pelouse des champions d’Afrique des Mamelodi Sundowns dans un match décisif pour la qualification en sont les meilleures illustrations. Performant en club, Khenissi l’est aussi en sélection, avec qui il a notamment pu montrer l’étendue de son talent lors de la dernière CAN. Celui qui a débuté la compétition sur le banc a en effet fait questionner une population toute entière quant au choix du sélectionneur de lui préférer Ahmed Akaichi, et ce en seulement deux rencontres où il a pu démontrer toutes ses qualités d'attaquant. Il a par la suite très bien confirmé ces impressions en inscrivant récemment le seul but des Aigles lors de la victoire contre la sélection égyptienne.


Un attaquant complet


En plus de soigner ses statistiques de saison en saison, le joueur de l’Espérance progresse aussi en étoffant sa palette. Tandis que ses appels dans le dos de la défense restent son arme la plus redoutable dans un pays (et un continent) où ces dernières ont souvent de la difficulté à maitriser leur alignement et où les espaces sont abondants, on a pu voir depuis quelques mois que Khenissi participe également de plus en plus au jeu de son équipe. Comme nous le montre la vidéo ci-dessous lors d’une victoire de l’Espérance contre le Stade Gabesien, Khenissi (1er but), dos au but, va participer à l’élaboration de l’action avant d’être à sa conclusion en plaçant une tête imparable. Dans cette même vidéo, le joueur va également être décisif sur le second but en attribuant une passe décisive à Saad Bguir, et ce à la suite d’un nouvel appel dans la profondeur qui a permis aux espérantistes de s’offrir un 3 contre 4 finalement bien négocié.


Passeur décisif, c’est justement le rôle qu’endosse de plus en plus le joueur de 25 ans. A la suite d’une contre-attaque rondement menée ou par une déviation parfaite, TYK est très souvent parvenu à trouver dans la surface des coéquipiers qui n’avaient plus qu’à pousser le ballon au fond des filets. Dans la vidéo ci-dessous, on peut voir sur le troisième but de l’Espérance (à 4 min 20) la déviation pleine de malice de l’attaquant qui trouve d’une subtile talonnade son coéquipier Fakhdreddine Ben Youssef.


Décisif, altruiste, avec des qualités de déplacements rares pour un attaquant tunisien, Khenissi est également doté d'un pied gauche de qualité ainsi que d’un très bon jeu de tête. Tandis que son dernier but avec les Aigles montre très bien sa faculté à marquer de son pied faible, avec une superbe finition à la suite d’un excellent appel dans le dos de la défense, son jeu de tête lui, est parfaitement illustré dans la vidéo ci-dessous (1 min 40) lors d’une victoire contre l’Olympique de Beja.



En plus d’être un dévoreur d’espace doté d’une grande qualité de finition, Khenissi progresse donc également sur le plan technique en participant de plus en plus à l’élaboration des actions de son équipe, et en étant parfois même à leur finition, que ce soit du pied droit, du pied gauche ou de la tête.


Un avenir en Europe ?


Aujourd’hui, et lorsque l’on regarde de plus près le parcours de Taha Yassine Khenissi, on peut facilement observer l’énorme progression dont il a fait preuve depuis le début de sa carrière. Si l’on regarde ensuite son âge, 25 ans, on ne peut que se dire que le meilleur reste à venir pour celui qui marche déjà sur les défenses africaines. Il est donc difficile de s’empêcher de penser à un avenir dans un championnat européen pour l’attaquant de l’Espérance, un championnat qui lui servira de véritable test, et qui nous permettra de savoir si celui qui flambe en Afrique est capable de se plier aux exigences du très haut niveau. Et si les intérêts des clubs du vieux continent sont encore à ce jour très faibles, il faudra s’attendre à les voir de plus en plus nombreux au fur et à mesure que les échéances se succéderont (deuxième tour de Ligue des Champions, éliminatoires pour la Coupe du Monde). En plus de toutes les qualités évoquées ci-dessus que le joueur devra encore perfectionner au fil des mois, ce dernier, comme la plupart des éléments issus du championnat tunisien, doit encore beaucoup progresser sur le plan physique. Même si l’on voit mal l’Espérance le lâcher avant la fin de la Ligue des Champions en Décembre, Khenissi devra saisir la bonne opportunité à temps s’il souhaite franchir un nouveau palier dans une carrière déjà très honorable. Et si 25 ans est un jeune âge pour un attaquant qui a déjà remporté deux Championnats, une Coupe de Tunisie et une Coupe de la Confédération, il s’agit néanmoins de l’âge parfait pour prendre son envol vers d’autres cieux et devenir l’un des très rares attaquants tunisiens à s’imposer dans un grand championnat étranger.

On compte sur toi, Yassine.