• Karim Ghariani

Coupe du Monde 2018 – Groupe G : Angleterre : Rédemption ou éternelle déception ?

Vendredi dernier avait lieu à Moscou le tirage au sort de la Coupe du Monde 2018 qui débutera en Juin prochain. La Tunisie, pour qui la dernière participation remonte à 2006, a donc découvert les adversaires qu'elle affrontera pour tenter de se qualifier au tour suivant pour la première fois de son histoire. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça ne sera pas une tâche facile pour des Aigles de Carthage qui croiseront la route de l’Angleterre, de la Belgique et du Panama. Zoom sur la sélection anglaise qui sera le premier adversaire des Aigles.


Le gâchis d’une génération dorée


Si l’on regarde le bilan des Three Lions lors des tournois internationaux qu’ils ont disputé depuis un bon nombre d’années, on est loin de l’équipe qui compte, ou en tout cas comptait dans ses rangs les plus grands talents de la planète football. Élimination dès le premier tour lors de la Coupe du Monde 2014, sortie en huitièmes du dernier euro contre la vaillante mais modeste Islande, la sélection anglaise n’a plus remporté de trophée depuis 1966 et un Mondial organisé à la maison. La déception est même devenue chose habituelle pour des supporters qui ont vu passer une pléthore de stars dans une équipe qui finalement n'était qu'une somme d’individualités. Steven Gerrard, Rio Ferdinand, Frank Lampard, David Beckham, Wayne Rooney … la liste est longue, et la frustration d’autant plus grande lorsque l’on sait que la plupart de ces noms ont quasiment tous évolué ensemble pendant un certain temps. Ces grands noms sont progressivement partis à la retraite, et l’Angleterre a donc dû reconstruire avec une nouvelle génération. Cependant, les différents clubs de Premier League, en particulier ceux luttant pour les premières places, ne sont pas vraiment des écuries réputées pour accorder une grande confiance à leurs jeunes, préférant plutôt investir dans des joueurs étrangers ayant déjà fait leurs preuves dans les grands championnats. Le vivier de la sélection s’en est donc logiquement retrouvé diminué, et à quelques exceptions près, rares furent les jeunes anglais à performer avec leurs clubs respectifs. Les prix de ces derniers, à qui il suffit d’enchainer quelques bonnes performances pour être évalués à quelques dizaines de millions d’euros, ainsi que des salaires ne correspondant pas à leur niveau réel, sont également loin de participer à l’amélioration du football britannique.


Les grands clubs anglais : ennemis de la sélection ?


Pourtant, les jeunes talents anglais sont loin d’être ridicules dans les compétitions de leurs catégories. Chelsea a par exemple remporté les éditions 2015 et 2016 de l’UEFA Youth League, qui est l’édition des jeunes de la Ligue des Champions. Les moins de 20 ans ainsi que les moins de 17 ans des Three Lions sont quant à eux champions du monde en titre. Seulement, une fois en âge d’intégrer l’équipe première, ces jeunes talents ne bénéficient pas de la confiance nécessaire et le besoin immédiat de résultats pousse leurs entraineurs à les prêter dans des clubs de calibre inférieur afin qu’ils puissent s’aguerrir. L’exemple le plus parlant est sans doute celui du club de Chelsea, dont quatre jeunes éléments ont été appelé en sélection anglaise après avoir quitté le club, en prêt ou en transfert définitif. Ainsi, Ruben Loftus-Cheek, prêté à Crystal Palace par les Blues, fait partie du groupe des 23 qui a fait le déplacement en Russie. Dominic Solanke, Tammy Abraham et Nathaniel Chalobah ont quant à eux honoré leur première sélection il y a quelques mois après avoir définitivement quitté le club londonien pour trouver davantage de temps de jeu à Liverpool, Swansea et Watford.


Tottenham et Liverpool : Les exceptions


Face à cette situation, il n’est donc pas étonnant de voir au sein de la sélection des éléments évoluant dans des clubs de milieux ou de bas de tableau de Premier League. Ainsi, sous Southgate, des éléments comme Harry Maguire (Leicester), Jake Livermore (West Bromwich), ou encore Jack Cork (Burnley) ont souvent été appelés avec les Three Lions, et le premier cité a même gagné sa place dans le onze. Cependant, parmi les grands clubs qui accordent peu d'importance à leur centre de formation, il existe une exception majeure qui est celle du club de Tottenham. Depuis l’arrivée de Mauricio Pochettino en 2014, les Spurs se sont davantage tournés vers le développement des jeunes dont le temps de jeu est bien plus important que dans les clubs rivaux. Ainsi, ces trois dernières années, on a pu assister à l’éclosion d’éléments qui font aujourd’hui le bonheur de la sélection. Harry Kane, Kyle Walker, Danny Rose, Dele Alli ou encore Eric Dier ont tous connu les Three Lions alors qu’ils évoluaient sous les couleurs des Spurs. A ces derniers s’ajoutent Kieran Trippier et le jeune Harry Winks, formé au club et qui avait impressionné lors de la double confrontation contre le Real Madrid en Ligue des Champions. Par ailleurs, le discours du technicien argentin diffère grandement de celui que peut tenir un Antonio Conte qui déclarait vouloir que ses jeunes aillent s’aguerrir dans d’autres clubs avant de revenir pour renforcer les rangs de son équipe. Bien entendu, il est plus intéressant de suivre le modèle de Tottenham où les jeunes éléments progressent de façon bien plus rapide en prenant part aux grandes compétitions et en côtoyant le très haut niveau chaque semaine.

Une autre exception, bien que moins évidente, est celle de Liverpool. Depuis quelques années, le nombre d’internationaux anglais est également de plus en plus important au sein du club de la Mersey. Après avoir investi dans des éléments ayant déjà fait leurs preuves en Premier League tels que Adam Lallana, Nathaniel Clyne ou Jordan Henderson il y a quelques années, le staff a plus récemment fait confiance à de très jeunes joueurs formés au club ou recrutés alors qu’ils ne comptaient encore que quelques minutes dans le monde professionnel. Joe Gomez, souvent utilisé par Jurgen Klopp la saison dernière, compte déjà trois sélections et représente le futur des Three Lions en défense. De même, Trent Alexander-Arnold, joueur de 19 ans formé au club et qui a impressionné lors de la campagne des Reds en Ligue des Champions, a gagné ces derniers mois sa place dans les 23 anglais. Le recrutement de Dominic Solanke, chipé à Chelsea alors qu’il est vu comme étant l’un des plus grands espoirs du pays, témoigne également de cette volonté du club de lancer des jeunes anglais.


Gareth Southgate, l’homme providentiel ?

Le moins que l’on puisse dire est que la sélection anglaise a grandement souffert du manque de clairvoyance des sélectionneurs qui se sont succédé sur son banc au fil des années. Le dernier en date, Sam Allardyce, n’a d’ailleurs pas dépassé les 67 jours à la tête de la sélection, avant qu’une enquête ne révèle des preuves de corruption à son encontre. Avant lui, Roy Hodgson avait connu deux échecs retentissants avec l’élimination au premier tour au Brésil, ainsi que la débâcle contre l’Islande en France. D’abord intérimaire, Southgate a ensuite été conforté à son poste avec un bilan plus qu'honorable et une vraie qualité de jeu. Sous son règne, l’équipe a clairement retrouvé une solidité que l’on n'avait plus connu depuis un certain nombre d’années, ce qui a d’ailleurs facilité l’incorporation de jeunes talents issus du championnat local. Le passage à un dispositif tactique désormais utilisé par un grand nombre de clubs anglais témoigne également du pragmatisme de l’ancien joueur de Middlesbrough. Fini le 4-3-3 stérile de Hodgson, place désormais à un système en 3-5-2 ou en 3-4-3, que l’actuel sélectionneur a néanmoins mis du temps a installer mais qui est désormais bien ancré dans cette équipe et presque maitrisé à la perfection. Avec une ossature de joueurs habitués à évoluer sous un dispositif à trois défenseurs centraux en club, l’équipe des Three Lions a donc logiquement progressé depuis ce changement tactique et parait nettement plus équilibrée contre les gros adversaires. Pragmatisme et jeunesse, voilà donc les principaux ingrédients de l’Angleterre de Southgate.



Voilà ce à quoi devrait ressembler l'équipe anglaise qui affrontera la Tunisie :

Tunisie - Angleterre : Lundi 18 Juin à 20 heures