• Karim Ghariani

Coupe du Monde 2018 - Groupe G : Belgique : Les Diables Rouges attendus au tournant


Invaincue durant les éliminatoires, la Belgique a décroché son billet pour la Russie avec le plein de confiance et un effectif royal. Et si l’élimination en quarts de finale de la dernière Coupe du Monde paraissait prometteuse, la défaite face au Pays de Galles lors du dernier Euro a laissé un goût amer à une sélection qui sur le papier méritait beaucoup mieux. Tête de série de ce groupe G, les Diables Rouges auront donc à cœur d’assumer leur statut d’outsider de la compétition.


Naissance d’une génération dorée


Le temps où les joueurs belges jouant dans les grands clubs européens se comptaient sur les doigts d’une main ne parait pas si lointain. Avant le Mondial brésilien de 2014, les Diables Rouges avaient dû attendre douze ans avant de pouvoir redisputer une compétition internationale. La dernière datait alors de 2002, une Coupe du Monde où ils avaient échoué au premier tour finissant sur un match nul contre … la Tunisie. Cette même Tunisie fut également, il n’y a pas si longtemps que cela, la terre d’accueil de l’un des acteurs majeurs de l’évolution récente du football belge : George Leekens. Avant de prendre les rênes des Aigles de Carthage, l'ancien défenseur était à la tête des Diables Rouges entre 1997 et 1999, puis une seconde fois entre 2010 et 2012. Mais c’est surtout son premier passage sur le banc de la sélection belge qui aura laissé une grosse empreinte. Successeur de Paul Van Himst, ancien milieu de terrain et sélectionneur des Diables Rouges de 1991 à 1996, Leekens a hérité du travail entamé par son prédécesseur visant à redéfinir les principes de jeu qui devaient être enseignés dans les centres de formation belges. Car si le pays dispose aujourd’hui de l’un des plus grands viviers de talents au monde, il ne s’agit pas d’un miracle mais bien d’un travail qui s’inscrit sur un long terme.


Conscient du potentiel qu’il pouvait y avoir dans les académies du royaume, Van Himst a poussé les clubs à investir davantage à ce niveau-là. Ce dernier voulait que son pays produise des joueurs à son image, créatifs, rapides, dotés d’une bonne qualité technique. Et tout cela avec des principes de jeu basés sur des transitions et des contre-attaques rapides. Leekens, malgré un temps plus court passé à la tête de la sélection, a donc pris la place de celui qui avait initié cette mini révolution. Il a davantage mis l’accent sur la formation des jeunes entraîneurs belges, avec là aussi une insistance sur la vitesse à laquelle les équipes devaient mener une contre-attaque (6 mètres par secondes étant la vitesse parfaite selon lui) et la formation de joueurs capables de mener à bien cette façon de jouer. Ainsi, Van Himst puis Leekens furent ceux qui ont mis ces principes au premier plan du football belge. Il suffit de jeter un coup d’œil à l’effectif actuel des Diables rouges pour voir que la plupart des éléments ont pour principales qualités la vitesse, la créativité et le dribble, avec une excellente qualité technique. Mertens, De Bruyne, Ferreira Carasco, ou les frères Hazard (même s’ils ont continué leur formation en France), sont tous des joueurs parfaitement adaptés à ce style de jeu. Après avoir souffert de longues années durant lesquelles la sélection belge était considéré comme un adversaire facile où évoluaient des joueurs pour la plupart inconnus des grands rendez-vous, les Diables Rouges portent aujourd’hui bien leur nom avec une génération dorée et des stars évoluant dans les meilleurs clubs d’Europe (Hazard et Courtois à Chelsea, De Bruyne à Manchester City, Lukaku à Manchester United etc.).


Paul Van Himst et Georges Leekens


Un potentiel sous-exploité

Ironie de l’histoire, le moment où tous ces talents ont commencé à éclore un par un se situe à la période du deuxième passage de Leekens à la tête des Diables Rouges. Ce dernier a ensuite démissionné, laissant la place à Marc Wilmots, ancien capitaine de la sélection qui a croisé la route de la Tunisie lors de la Coupe du Monde 2002 (unique buteur belge lors de ce match). Tandis que Leekens avait échoué à qualifier la Belgique pour l’Euro 2012, avec un effectif qui commençait tout juste à connaitre une transition entre les anciens trentenaires et les nouvelles futures stars, Wilmots est lui parvenu à emmener les diables au Brésil en donnant davantage de responsabilités à ces jeunes talents. Les Courtois, De Bruyne et Lukaku (Hazard avait déjà un rôle important, ayant connu une éclosion plus rapide) allaient donc au Mondial avec une place de titulaire. Mais malgré un parcours prometteur qui a vu le futur vice-champion du monde les éliminer d’une courte défaite en quarts de finale, le niveau de jeu proposé était loin d’être à la hauteur d’un tel effectif.


Au vu des résultats, Wilmots a tout de même bénéficié de la confiance de sa fédération, et deux ans plus tard, c’est en France que les Diables Rouges étaient attendus avec une génération qui a eu le temps de grandir et de nouveaux talents qui ont émergé. Seulement, l’amertume ressentie en 2014 s’est là transformée en immense déception, avec une élimination dès les quarts face à une équipe galloise bien inférieure sur le papier. Tous les doutes et les interrogations qui ont précédé le tournoi se sont donc mués en des critiques véhémentes à l’égard d’un sélectionneur qui paraissait dépassé. Les déclarations de Jordan Lukaku, qui critiquait la préparation « très basique » de l’équipe et l’absence de « système de jeu », témoignent elles aussi des lacunes importantes de Wilmots, notamment sur le plan tactique. Cette débâcle a donc poussé l’Union belge à licencier l’ancien capitaine qui ne répondait plus aux exigences que demande un effectif avec autant de talent.


Les belges et leur star Eden Hazard, tête basse, après l'élimination contre le Pays de Galles à l'Euro 2012


Plus le droit à l’erreur

Après quatre années de bons et loyaux services, Wilmots devait donc laisser sa place à un sélectionneur capable de donner un visage plus séduisant à une sélection au potentiel extraordinaire. Parmi les nombreux candidats, c’est l’espagnol Roberto Martinez qui a été choisi. Celui qui avait remporté la FA Cup avec la modeste équipe de Wigan a donc choisi de quitter le club d’Everton où il était entraîneur depuis 2013. Martinez, connu pour son football offensif, a donc hérité de la lourde tâche de transformer la Belgique en une véritable équipe de stars et d’en finir avec l’époque où il ne s’agissait que d’une somme d’individualités, certes talentueuses, mais sans aucun véritable fond de jeu les liant. Aujourd’hui, et après un sans faute en phase de qualifications de ce Mondial, la Belgique parait plus cohérente, avec un jeu plus en adéquation avec ses qualités, même si quelques problèmes subsistent. Ces soucis se sont notamment fait ressentir lors de la rencontre amicale qui a opposé la Belgique au Mexique en Novembre dernier et qui s’est soldé par le score de 3 buts partout. Après ce match, Kevin De Bruyne avait d’ailleurs déclaré qu’il fallait encore « trouver un plan tactique pour l’équipe ». Si celui qui a la chance d’évoluer sous les ordres de Guardiola a le droit d’être exigeant, cette remarque fait écho aux propos de Jordan Lukaku sur Marc Wilmots un an auparavant et peut soulever certaines inquiétudes. Le milieu de terrain de Manchester City a développé son idée en disant que le système que son sélectionneur avait mis en place contre le Mexique n’était pas le mieux adapté pour battre cet adversaire, et que les mexicains bénéficiaient de beaucoup trop d’espaces du fait d’un bloc positionné trop bas. Ainsi, KDB fustigeait le manque d’ambition de son équipe qui avait choisi de laisser la possession à un adversaire pourtant inférieur sur le papier. Comme si le jeu insipide développé sous l’ère Wilmots peinait à s’effacer au profit d’un jeu plus attrayant avec une équipe protagoniste et mettant à profit son talent. Comme si les principes si chers à Van Himst et Leekens étaient appliqués d’une façon à faire du football belge une caricature de lui-même.


Kevin De Bruyne à la lutte avec Diego Reyes lors du match amical Belgique - Mexique le 10 Novembre dernier


Ces problèmes défensifs peuvent également s’expliquer par le fait que Martinez, qui fait évoluer son équipe avec un système à trois défenseurs centraux, peine à trouver un trio stable. Si les deux tauliers de Tottenham Vertonghen et Alderweireld sont indéboulonnables et devraient tenir leur rôle sauf blessure, l’interrogation se porte sur celui qui les accompagnera dans l’axe. Durant les éliminatoires, Martinez à très souvent dû s’adapter aux blessures de Vincent Kompany et Thomas Vermaelen. Et tandis que le joueur de Barcelone a récemment bénéficié davantage de temps de jeu en disputant notamment le Clasico face au Real Madrid, Kompany est lui encore sorti sur blessure Jeudi dernier contre Newcastle. Même si cela ne devrait pas le tenir éloigné des terrains très longtemps, cet accroc montre néanmoins que le joueur de 31 ans demeure très fragile. En l’absence de ces deux éléments, Martinez a eu pour habitude d’accorder sa confiance à Laurent Ciman, mais le joueur de 32 qui évolue en MLS depuis 2015 peut paraître léger pour une telle compétition et a notamment montré lors du dernier euro qu’il devait se limiter à une option de secours. Sur les côtés, les deux pistons devraient être Thomas Meunier sur la droite et Yannick Ferreira Carasco sur le flanc gauche. Le joueur de l’Atletico Madrid, qui a été replacé à ce poste par le sélectionneur espagnol, parait à l’aise dans une position où il est souvent cherché dans la profondeur et peut faire parler sa rapidité. Au milieu, tandis que Kevin De Bruyne évolue plus dans une position de relayeur dans ce dispositif en 3-4-3, l’autre élément qui l’accompagne est donc lui plus destiné à effectuer les tâches défensives pour lesquelles le joueur de Manchester City n’a pas vraiment les qualités. Si Axel Witsel, Marouane Fellaini et Moussa Dembele sont trois hommes capables de tenir ce rôle, on peut imaginer que la priorité se portera sur le joueur évoluant actuellement en Chine dans la mesure où son profil est le plus adapté à une association avec KDB et permettrait de maintenir un certain équilibre. Enfin, le trio d’attaque devrait logiquement être composé d’Eden Hazard, Dries Mertens et Romelu Lukaku, tous les trois très performants avec leurs clubs respectifs.


Toutefois, les grands noms ne suffisent pas et cette équipe est loin d’être parfaite. Comme nous l’avions évoqué concernant la sélection anglaise, la Belgique éprouve elle aussi des difficultés lorsqu’il s’agit de produire le jeu et préfère laisser le ballon à l’adversaire. Les déclarations de De Bruyne après le match contre le Mexique sont là pour le rappeler. Et même si l’on voit mal les hommes de Maaloul faire le jeu contre cette équipe, on peut néanmoins penser que les Diables Rouges auront plus de mal à faire sauter le verrou des Aigles qui bénéficient eux aussi des qualités nécessaires pour mettre en danger la défense belge.


Après de très longues années d’absence sur la scène internationale, la Belgique bénéficie aujourd’hui de ce qui est sans doute la meilleure génération de son histoire et a donc toutes les cartes en main pour remporter un trophée dans les années à venir. Si les échecs des dernières années ont pu être expliqué par l’argument d’un effectif trop jeune et inexpérimenté, cela n’est plus le cas et les Diables Rouges seront attendus de pied ferme en Juin prochain … au grand bonheur de la Tunisie.


Voilà ce à quoi devrait ressembler l'équipe belge qui affrontera la Tunisie :

Tunisie – Belgique : 23 Juin à 15 heures à Moscou