• Karim Ghariani

Iran, Costa-Rica : Les enseignements d’un début de préparation



Deux victoires, deux clean sheets et un niveau de jeu qu’on avait perdu l’habitude de voir en sélection, voici le bilan plus qu’encourageant des deux matchs de préparation que les Aigles ont disputé contre l’Iran et le Costa-Rica. Retour sur ces deux confrontations.


Une intégration réussie pour les nouveaux


A un peu plus de 70 jours du premier match de la Tunisie en Coupe du Monde, Nabil Maaloul avait décidé de faire appel à quatre nouveaux éléments pour ce rassemblement. Ellyes Skhiri, Seif Khaoui, Yohann Benalouane et Mouez Hassen ont donc fait leur première apparition sous le maillot des Aigles. Tandis que les trois premiers cités étaient tous titulaires pour le premier match contre l’Iran, Hassen a quant à lui tenu les bois tunisiens dans le deuxième match contre le Costa-Rica dans un stade qu’il connait bien (Hassen est prêté par Nice à Châteauroux).


Titularisé aux côtés d’un Yassine Meriah désormais indéboulonnable au poste, Benalouane a lui d’abord eu un peu de mal à rentrer dans sa rencontre, notamment du fait d’un manque de compétition qui s’est fait ressentir, avant de se montrer plus solide en deuxième période. Toujours très serein balle au pied, et ce malgré une pelouse trempée d’eau et difficilement praticable, l’ancien stéphanois a prouvé que son expérience ne pouvait qu’être utile dans un groupe déjà très talentueux. Ellyes Skhiri a quant à lui confirmé tous les espoirs placés en lui en s’imposant comme le véritable patron du milieu de terrain tunisien. Souvent utilisé comme première rampe de lancement sur les phases offensives, c’est défensivement que le montpelliérain a été le plus précieux en s’imposant comme le garant de l’équilibre du dispositif de N.Maaloul. Toujours avec énormément d’intelligence dans ses placements, il a gommé tous les doutes que l’on aurait pu émettre sur ses capacités techniques à la construction en aérant le jeu et parvenant à alterner jeu court et jeu long. Plus mitigée, la prestation de Seif Khaoui a elle laissée quelques interrogations. S’il a eu du mal à montrer l’étendue de ses capacités en étant aligné sur le coté droit lors du premier match, Khaoui a fait parler toute sa qualité technique contre le Costa Rica en étant très disponible dans le cœur du milieu, se montrant utile dans les petits espaces avec des combinaisons en une touche permettant de fluidifier le jeu des Aigles. Enfin, Mouez Hassen, successeur désigné de Balbouli à ce poste, a été l’auteur d’une prestation très rassurante. Impérial dans les airs et très concentré tout au long de la rencontre, il a même sauvé son équipe en fin de match sur la seule véritable occasion de l’adversaire. Encourageante pour les uns, extrêmement convaincante pour les autres, cette première apparition des quatre nouveaux convoqués a en tout cas donné raison à un sélectionneur qui a gagné en crédit sur ces deux matchs.


Des cadres qui confirment


A coté de l’apport des nouveaux, les éléments déjà présents lors des qualifications dont certains font aujourd’hui partie des cadres de cette sélection ont eux aussi confirmé le niveau affiché lors des derniers rassemblements. Commençons par Yassine Meriah, dont les prestations en sélection sont tout simplement impressionnantes depuis qu’il a été placé là par Maaloul. A 24 ans, le très polyvalent joueur de Sfax s’impose déjà comme le leader de la défense des Aigles. Une qualité technique qui ferait pâlir un bon nombre de milieux de terrain, une relance toujours parfaite et un excellent sens de l’anticipation qui vont faire de lui l’une des principales attractions tunisiennes pour le Mondial. A ses côtés, Syam Ben Youssef a quant a lui montré qu’il était toujours parfaitement complémentaire au profil de son coéquipier de l’axe en étant toujours très solide dans les duels. Malgré une certaine lenteur, son profil sera assurément très utile face à des attaquants puissants comme Romelu Lukaku et Harry Kane.


Plus haut, si Ellyes Skhiri s’est certainement déjà imposé comme un titulaire au sein du milieu de terrain, Ferjani Sassi a lui alterné le bon et le moins bon sur ces deux rencontres. Très précieux dans la construction face à l’Iran en faisant parler sa qualité technique et en étant disponible entre les lignes, il a en revanche été coupable d’un début de match très brouillon contre le Costa-Rica. Transmissions imprécises et contrôles ratés ont été au rendez-vous durant les 15 premières minutes de l’ancien messin qui n’aura plus le droit de reproduire ce genre de performances face à des adversaires qui ne pardonnent pas. Si ces défaillances peuvent surtout s’expliquer par un état d’esprit qui n’était pas encore au point lors de l’entame de match, il est primordial de comprendre que cela n’aura pas lieu d’être dans une compétition comme la Coupe du Monde. Le joueur d’Al Nassr est néanmoins monté en puissance au fil de la rencontre en formant un double-pivot très solide avec Skhiri. L’habituel troisième élément de ce milieu, Ben Amor, n’a lui malheureusement disputé qu’une seule mi-temps sur les quatre, et ce à cause d’un coup violent subi lors de la première période du match contre l’Iran. Le joueur a ensuite déclaré forfait pour le reste de la préparation et est retourné dans son club d’Al Ahli. La durée de son absence ne devrait pas dépasser un mois, même s’il existe encore un doute quant à la nécessité d’effectuer une opération (le staff médical de la sélection ayant contredit le club du joueur qui a affirmé que ce dernier avait besoin d’une opération).


Enfin, c’est dans le secteur offensif qu’existaient les plus grandes interrogations en raison de l’absence de Msakni. Heureusement, ces interrogations furent très vite gommées, et les Khazri, Sliti et Badri ont montré qu’ils étaient largement à la hauteur de tels rendez-vous. Tandis que le joueur de Rennes a été aligné d’entrée en position de faux numéro 9, appelé à se déplacer sur tout le front de l’attaque en se montrant le plus disponible possible, Slitia lui été extrêmement précieux dans les trente derniers mètres en accélérant le jeu de son équipe, enchaînant les dribbles dans les petits périmètres et provoquant sans cesse son vis-à-vis. Enfin, Badri s’est lui imposé durant ce rassemblement comme le véritable joker de cette équipe. Capable d’évoluer sur une aile, derrière l’attaquant ou dans une position plus reculée dans un rôle de relayeur, le joueur de l’Espérance a démontré qu’il pouvaitêtre très important grâce à sa polyvalence et son profil de couteau suisse.


Coté perdants, celui qui sera sûrement la victime des bonnes performances de Khazri et Sliti n’est autre que Taha Yassine Khenissi, habituellement aligné en pointe de l’attaque tunisienne. En effet, on voit mal comment l’attaquant de l’Espérance pourra prétendre à une place de titulaire lors du retour de Msakni, surtout que Maaloul semble privilégier un système en 4-3-3 avec un milieu Skhiri-Sassi-Ben Amor. Le trio offensif devrait ainsi être composé de Msakni, Sliti et Khazri, avec un Khenissi utilisé comme joker capable d’apporter de la profondeur en cours de match. Au milieu, l’éclosion de Skhiri va selon toute vraisemblance placer Ghaylane Chaalali, titulaire dans toutes les rencontres sous Maaloul, sur le banc des remplaçants. Là encore, et sauf blessure malheureuse, on voit mal comment le joueur de 24 ans pourrait prendre la place de l’un des éléments du milieu.


Une liste quasiment bouclée


En plus des certitudes dans le jeu, c’est également au niveau des éléments qui composeront la liste finale que ce rassemblement nous a offert le plus d’enseignements. Au niveau des gardiens de but d’abord, où l’on voit mal comment Farouk Ben Mustapha, très bon contre l’Iran, et Mouez Hassen qui représente le futur de cette sélection pourraient ne pas être pris pour le voyage en Russie. Et si le sélectionneur semble maintenir sa confiance envers Aymen Balbouli, on peut penser que le perdant à ce poste là sera bel et bien Moez Ben Chrifeya. Dans tous les cas, il semblerait que Maaloul ait pour volonté de partir avec 4 gardiens en Russie jusqu’aux derniers jours de la préparation, pour ensuite en inscrire trois dans la liste finale.


En défense, Yohann Benalouane et Dylann Bronn ont marqué des points et devraient sauf surprise figurer parmi les 23 élus. La question qui subsiste réside néanmoins dans le fait de savoir si Nabil Maaloul va emmener un défenseur en plus capable d’évoluer dans un dispositif à trois centraux. En effet, on sait que le staff technique de la sélection envisage la possibilité d’évoluer avec un tel système contre l’Angleterre et la Belgique. Dans ce cas, on peut penser que Khalil Chammem fera également partie de la liste finale, lui qui est capable de jouer sur un coté ou dans l’axe de la défense, ce qui en ferait un candidat idéal pour évoluer dans cette formation. Dans l’entrejeu, peu de doutes semblent subsister et on devrait voir, en plus du trio qui devrait débuter contre l’Angleterre (Skhiri, F.Sassi, Ben Amor), la présence de Chaalali et Aouadhi que le staff semble apprécier. Ainsi, les deux jeunes clubistes convoqués pour ce rassemblement, Ayadi et Khalil, qui représentent eux aussi le futur de cette sélection, devraient seulement faire partie de la liste élargie. Enfin, les éléments offensifs devraient sans surprise être les habituels Msakni, Khazri, Sliti, Badri, Khenissi et Ben Youssef, avec une dernière place pour Bassem Srarfi ou Aala Marzouki dans le cas où le staff choisirait de privilégier un attaquant par rapport à un élément défensif.


Le moins que l’on puisse dire est que cette sélection nationale a laissé une belle impression avant le prochain rassemblement et les derniers matchs amicaux qui l’opposeront au Portugal, à la Turquie et à l’Espagne. L’entrée en lice dans le mondial aura lieu le 18 Juin contre l’Angleterre, avec on l’espère le même visage. En nous montrant de quoi ils étaient capables, les Aigles nous ont offert le droit de rêver. Ils n’ont donc plus le droit de nous décevoir.