Tunisie-Espagne : Un dernier test très encourageant

June 11, 2018

 

Samedi soir, les Aigles disputaient leur dernier match de préparation avant leur entrée en lice au Mondial russe, Lundi prochain contre l’Angleterre. Face à eux se trouvait l’ogre espagnol, actuellement l’une des meilleures nations au monde et grand favori pour la victoire finale.

 

Pour ce dernier test, Nabil Maaloul a apporté un seul changement par rapport à l’équipe qui avait débuté face à la Turquie. Balbouli, plus aligné depuis le dernier match des éliminatoires face à la Libye, a donc repris sa place dans les cages au détriment de Mouez Hassen. Alors que la titularisation du gardien de l’OGC Nice lors du Mondial paraissait certaine après les derniers matchs, Maaloul a donc décidé une nouvelle fois de brouiller les pistes et de laisser planer le doute quant à la hiérarchie à ce poste. En défense, le sélectionneur a confirmé sa volonté de titulariser un latéral droit au profil plus défensif que Nagguez en optant pour Dylan Bronn, alors que Seif Khaoui, pourtant décevant contre le Portugal et la Turquie, a une nouvelle fois été préféré à Ben Amor au milieu. Là encore, difficile de savoir s’il s’agit d’une volonté de limiter tout risque par rapport à l’état physique du milieu de terrain de l’Etoile, ou si c’est bel et bien un choix tactique. Si le trio offensif était identique à celui qui a débuté contre la Turquie, la configuration était elle différente, avec un Sliti qui a davantage évolué dans un rôle de faux numéro 9 sur cette rencontre, décrochant énormément à l’image de ce qu’à pu monter Wahbi Khazri en Mars dernier contre l’Iran et le Costa-Rica. Badri occupait lui le couloir gauche, laissant le flanc droit à Ben Youssef.

 

                                                    

Une première mi-temps référence

 

Le début de rencontre est marqué par la volonté des tunisiens, positionnés en 4-5-1 en phase défensive, d’aller presser les espagnols dans leur propre camp et de récupérer le ballon le plus haut possible. Une fois que l’un des deux centraux espagnols parvenait à atteindre Busquets, Ellyes Skhiri ou Ferjani Sassi était chargé de sortir sur ce dernier afin de limiter sa capacité à orienter le jeu. Ainsi, on pouvait souvent voir Iniesta décrocher afin d’apporter du soutien à son numéro 6.

 

                           Les tunisiens pressent les espagnols dans leur propre camp

 

 

 

                           Une fois Busquets trouvé, Skhiri ou Sassi (ici Skhiri) sortent sur lui pour l'empêcher d'orienter le jeu

                       

 

Lorsque ce dernier parvenait à s’extirper du pressing exercé et à progresser dans le camp tunisien, les espagnols tombaient ensuite sur une défense très bien regroupée qui parvenait à les enfermer sur un côté en limitant les solutions de passe, les empêchant de progresser et les forçant à repasser par l’arrière. Isco et David Silva, d’habitude très disponibles entre les lignes et dans les half spaces, ont rarement été trouvés dans de bonnes conditions. Les rares fois où ces derniers ont été atteints dans les intervalles, un très bon retour de Skhiri ou une très bonne sortie de Meriah ou S.Ben Youssef permettait de récupérer le ballon assez vite. 

 

                           Iniesta et Jordi Alba se retrouvent enfermés sur le coté gauche par Bronn, S.Ben Youssef et Sassi

 

L’une des solutions était donc de chercher Rodrigo Moreno dans la profondeur, lui qui bénéficiait de la vitesse et de la qualité d’appel nécessaires pour mettre Syam Ben Youssef en difficulté. L’Espagne est d’ailleurs parvenue à obtenir un coup-franc assez dangereux en tout début de rencontre après que le défenseur tunisien a été contraint de faire faute sur l’attaquant de Valence trouvé dans la profondeur par Iniesta. Ce fut cependant l’une des rares fois, avec le but marqué en fin de rencontre, que les attaquants espagnols parvenaient à être servis dans des conditions leur permettant de se présenter en face à face avec Balbouli. Une autre solution pour les espagnols consistait à utiliser la largeur au maximum avec des latéraux chargés de coller la ligne de touche pendant que les deux ailiers aspiraient les défenseurs vers l’intérieur. Cela a permis de trouver Jordi Alba et Odriozola en position de centre à plusieurs reprises, mais la défense tunisienne était une nouvelle fois bien présente dans les airs et à la retombée.

 

                       Ici, Ali Maaloul est aspiré par la course du milieu de terrain espagnol (entouré sur l'image).                         Isco va alors basculer le jeu à droite vers son coéquipier qui aura tout le temps d'ajuster                             son centre

 

Les hommes de Maaloul ont continué à exercer un pressing très haut sur les coéquipiers de Busquets pendant les vingt premières minutes, ce qui a ensuite laissé place à un bloc médian chargé de sortir sur les milieux espagnols une fois la première passe vers l’avant effectuée par Ramos, Pique ou Busquets. Les seules occasions côté tunisien ont d’ailleurs été obtenues après une récupération haute et un pressing efficace, à chaque fois sur un Odriozola en grande difficulté. Malheureusement, Ferjani Sassi et Sliti ont à chaque fois pêché à la finition. Un autre point positif réside dans le fait qu’en cas de perte de balle dans le camp espagnol, les tunisiens ne reculaient pas pour aller se replacer mais mettaient systématiquement en place un contre-pressing en tentant de récupérer le ballon le plus vite possible dans le camp adverse. Le repli défensif était ensuite très bien réalisé lorsque l’Espagne parvenait à conserver le cuir. Un principe de jeu que l’on a rarement vu en sélection et qui, comme le pressing haut et la volonté de repartir proprement par l’arrière, sont présents depuis l’arrivée de Nabil Maaloul à la tête des Aigles, quoi que l’on puisse penser de ce dernier. Offensivement, le pressing exercé par l’Espagne lors des phases de construction tunisienne a lui été très efficace, et les coéquipiers de Skhiri sont rarement parvenus à s’en défaire avec un Ferjani Sassi qui a perdu un grand nombre de ballons, coupables d’erreurs techniques fatales. Il n’est évidemment pas le seul à blâmer et le déficit technique d’un élément comme F. Ben Youssef, ajouté aux erreurs de concentration des uns et des autres, a facilité la tâche à des espagnols qui n’en demandaient pas tant. Heureusement, les tunisiens se rattrapaient par leur capacité à récupérer le ballon assez vite lors de la perte, se projetant ensuite très bien vers l’avant avec Ali Maaloul, Badri, et Sliti comme détonateurs. Les phases de transition étaient donc le seul moyen pour les tunisiens de se procurer des occasions franches, avec un bloc espagnol qui se retrouvait déstabilisé et fragile. Comme dit précédemment, l’efficacité n’était malheureusement pas au rendez-vous, et le score qui aurait pu être en faveur des Aigles à la mi-temps est finalement resté vierge.

 

Une baisse de régime en deuxième période

 

A la sortie des vestiaires, Lopetegui décide d’effectuer trois changements : Nacho remplace Odriozola, Thiago laisse sa place à Koke et Vazquez remplace lui Isco afin d’apporter davantage de profondeur. Le sélectionneur tunisien décide de répondre en remplaçant Ali Maaloul par un Oussama Haddadi au profil plus défensif pour faire face à l’ailier du Real Madrid. Assez vite, le bloc médian tunisien s’est transformé en un bloc bas, avec des contre-attaques bien moins dangereuses lors des rares récupérations. Naim Sliti se retrouvait alors trop souvent esseulé, avec des Badri et Ben Youssef qui n’étaient plus en capacité d’apporter le soutien nécessaire et un Oussama Haddadi à l’apport offensif et aux capacités techniques limitées.

 

                       Après une récupération dans leur camp, Ferjani Sassi et Naim Sliti sont les seuls tunisiens à                        se projeter dans le camp adverse. Anice Badri est lui trop loin de l'action pour pouvoir                                  apporter le soutien nécessaire

 

C’est seulement à la 60e minute que l’entrée de Ben Amor à la place de Khaoui a permis au bloc de remonter et de gêner Iniesta et Busquets à la construction. Bien que moins présentes qu’en première période, on a alors pu revoir des séquences de pressing tunisien dans le camp espagnol. L’occasion la plus franche a d’ailleurs été obtenue après une perte de balle de Busquets aux abords de sa propre surface, chose rare pour le milieu barcelonais. Mis à part ce ballon de but mal négocié par Ben Amor, les Aigles se sont montrés impuissants offensivement et les phases de transition n’étaient pas aussi bien négociées que lors de la première période du fait de la fatigue physique et des changements. La sortie de Naim Sliti, remplacé par un Saber Khelifa chargé d’apporter de la profondeur, n’a pas amélioré les choses.

 

                              Le 3-3-3-1 espagnol, qui a fait plier les tunisiens lors des 15 dernières                                                             minutes

 

A la 75e minute, le sélectionneur espagnol décide de passer à un système en 3-3-3-1 avec l’entrée en jeu de l’attaquant Iago Aspas à la place de Jordi Alba. Une nouvelle fois, Nabil Maaloul répond à son collègue en décidant de passer à un système en 5-3-2, Benalouane remplaçant Anice Badri. Manifestement, il s’agit d’un système que Nabil Maaloul a très peu ou pas du tout préparé et qui semblait offrir très peu de repères aux joueurs. C’est d’ailleurs six minutes après ce changement tactique que la Tunisie va encaisser le seul but de la rencontre à la suite d’une perte de balle au milieu de terrain suivi d’un très mauvais alignement de Meriah avec ses deux coéquipiers de la défense. L’entrée très tardive de Bassem Srarfi, dont les qualités de dribbles et de percussion auraient pu aider en cours de rencontre, ne changera rien à l’issu du match :  les Aigles finissent par s’incliner à Krasnodar et peuvent légitimement nourrir des regrets sur ces 90 minutes. Si la première période a été très encourageante et devrait servir de référence pour les deux premiers matchs du Mondial contre l’Angleterre et la Belgique, les tunisiens ont accusé le coup en deuxième période en étant coupables d’un grand nombre d’erreurs, que ce soit sur le plan technique ou tactique (erreurs de placements, repli défensif trop lent).

 

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