Sans VAR mais avec la manière

November 10, 2018

 

Une semaine après un match aller durant lequel le football africain s’était une nouvelle fois démarqué par son amateurisme, l’Espérance avait à cœur d’effacer les injustices subies à Alexandrie en tentant de renverser une montagne : un Ahly 8 fois champion d’Afrique qui se présentait à Rades avec deux buts d’avance. Autant dire qu’il fallait un miracle pour voir les Sang et Or décrocher leur troisième étoile. Un doublé de Bguir et un chef d’œuvre de Badri plus tard, voilà une nouvelle preuve que l’impossible n’est pas tunisien.

 

S’il y a bien une chose que l’on a l’habitude de déplorer au niveau de nos clubs et sportifs tunisiens, et ce, que ce soit au niveau collectif ou individuel, c’est bien ce déficit mental qui nous empêche trop souvent d’atteindre le plus haut niveau et de gagner des titres. Football, Handball ou Tennis, combien de fois avons-nous assisté à des équipes ou des athlètes laissant filer un match qui semblait leur tendre les bras ?

 

Pourtant, hier soir, c’est bien une équipe tunisienne qui a su faire preuve d’une force mentale assez rare qui lui a permis d’aller décrocher un titre inespéré et de rentrer un peu plus dans l’histoire : depuis 1976 et le MC Alger, aucune équipe africaine n’était parvenue à remporter la C1 africaine après avoir encaissé trois buts à l’aller. L’Espérance de Tunis a mis fin à cette stat en déjouant tous les pronostics et en corrigeant les égyptiens d’Al Ahly sur le score de trois buts à zéro. Cette performance prend encore plus d’ampleur lorsque l’on sait que la défaite au match aller fut marquée par deux énormes injustices, deux penaltys inexistants accordés aux locaux et transformés par Walid Soliman. L’arbitre algérien Mehdi Abid Charef, qui avait décidé d’ignorer l’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR) devant le monde entier en s’entêtant dans des décisions aussi ridicules les unes que les autres, était alors sorti comme le héros d’une rencontre où le football avait encore passé une sale soirée à l’issue de laquelle les égyptiens semblaient déjà avoir une main sur le trophée (3-1).

 

A l’issue de cette rencontre, Mouine Chaabani, le coach de l’EST, avait alors réussi à garder un calme olympien en insistant sur l’importance du but inscrit à l’extérieur par son équipe et sur le fait que cette dernière avait largement les capacités de renverser Al Ahly au match retour. C’est ce même calme que l’on a retrouvé tout au long de cette deuxième manche à Rades avec un Chaabani qui dégageait une grande sérénité même quand son équipe paraissait impuissante lors d’une première mi-temps plus que moyenne. Dans un moment où l’entraineur se doit de montrer une certaine assurance en faisant passer un message positif à ses joueurs et leur faire comprendre que tout est sous contrôle, il serait juste de dire que le jeune technicien a parfaitement su gérer cette finale du début à la fin, que ce soit dans sa communication ou dans ses choix techniques. Et puisque tout vient à point à qui sait attendre, c’est à la toute fin de cette première période que Saad Bguir est parvenu à ouvrir la marque de façon presque miraculeuse après un joli mouvement avec Taha Yassine Khenissi. Le petit meneur de jeu ne pouvait pas rêver meilleur moment pour revenir sur le devant de la scène : ce but a totalement changé la face du match et permis aux espérantistes de rentrer aux vestiaires avec une rage de vaincre et surtout le sentiment que tout devenait maintenant possible.

 

C’est dès le début de la seconde période qu’on a pu ressentir l’ascendant psychologique que les hommes de Chaabani avaient désormais pris sur leur adversaire du soir. Un avantage sur le plan mental qui s’est tout de suite traduit sur le terrain par un ascendant tactique et le siège de la surface d’Al Ahly par les locaux. Le pressing ahlaoui avait disparu et neuf petites minutes ont suffi à Bguir pour inscrire son deuxième but de la soirée, cette fois en reprenant de la tête un très beau centre de Derbali à l’intérieur de la surface. Comme un symbole, c’est bien lui, celui qu’on commençait à cataloguer comme éternel espoir n’ayant jamais tenu ses promesses, qui vient inscrire son doublé et par la même occasion permettre aux supporters qui commençaient à perdre patience avec ses performances de rêver un peu plus. C’est alors logiquement que les hommes de Patrice Carteron, privés pour ce match de leur attaquant vedette Walid Azaro, ont enfin décidé de se découvrir et de proposer un minimum de jeu, sans succès. L’impuissance des égyptiens n’avait d’égal que la solidité du bloc espérantiste avec un axe Yaakoubi-Chammem impérial ainsi que des latéraux imprenables. C’est à la 86e minute que Anis Badri décide alors d’y aller de son petit chef d’œuvre en récupérant le ballon dans le rond central et en traversant la moitié de terrain égyptienne avant d’aller fusiller Al Shennawy d’une frappe croisée qui est venue se loger dans le petit filet opposé.

 

Magistral, sensationnel, surréaliste, cette double-confrontation et cette soirée du 9 Novembre resteront sans doute à jamais dans les annales du football tunisien avec une équipe qui a su garder la tête froide même dans ses temps faibles et qui est à la fin justement récompensée.

 

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