• Karim Ghariani

24 ans plus tard



Vendredi 28 Août : le Club Sportif Sfaxien annonce la nomination de Faouzi Benzarti à la tête de l’équipe première, 24 ans après son dernier passage chez les blancs et noirs. Non sans surprise, ce choix à seulement deux jours d’un match capital contre l’Etoile du Sahel est intervenu après le départ d’un Fathi Jbel qui a pourtant mené l’équipe à la lutte pour les places africaines. Depuis cette date, le CSS a assuré sa participation à la prochaine Ligue des Champions, tout en montrant de belles promesses au niveau du jeu.


Un contexte favorable


Avec 13 victoires, 4 nuls et 5 défaites avant l’arrivée de Faouzi Benzarti, le CS Sfaxien était loin d’être une équipe en crise. Dans le top 3 et en pôle position pour décrocher une place en Ligue des Champions, les dirigeants du CSS ont tout de même pris la décision de se séparer de Fathi Jbel après une défaite sur la pelouse du relégable Hammam-Lif. Faouzi Benzarti, qui a plutôt l’habitude de jouer les pompiers de service en prenant en main des équipes dans le doute, pourra donc cette fois profiter des bases déjà posées par son prédécesseur en apportant toute son expérience à un groupe à très fort potentiel. Avec une moyenne d’âge de 24 ans, Benzarti se retrouve à la tête d’un des effectifs les plus jeunes mais aussi les plus talentueux du championnat. Entre des cadres déjà habitués aux joutes de la LP1 (Dahmen, Ammamou, Sokari) et des jeunes pépites issues du centre de formation déjà auteurs de performances impressionnantes (Trabelsi, Habbassi), le technicien tunisien bénéficie d’une équipe capable d’atteindre les sommets aussi bien sur le plan local que continental dans les deux prochaines années.

Et même si Benzarti s’inscrit rarement dans des projets de long terme, on peut l’imaginer reproduire le même travail qu’à l’Etoile du Sahel où il avait passé deux ans entre 2014 et 2016, remportant un championnat, une coupe de Tunisie et une coupe de la confédération africaine. Lors de ce passage, il avait alors lancé des jeunes comme Mohamed Amine Ben Amor, relancé des joueurs clés comme Hamza Lahmer et Iheb Msakni, et fait d’éléments comme Zied Boughattas et Ghazi Abderrazak des internationaux. Autre point non-négligeable, Faouzi Benzarti aura également à sa disposition l’un des meilleurs centres de formation du pays. Des éléments comme Aymen Dahmen, Hani Ammamou, Mohamed Ali Trabelsi ou encore Houssem Dagdoug, titulaires cette saison et pour certains déjà internationaux, sont tous issus de la formation sfaxienne. On retrouve également dans l’effectif les jeunes Alaa Ghram et Bechir Ghariani, tous deux âgés de 19 ans, ainsi que le latéral gauche Azmi Ghouma, 22 ans et 13 matchs à son actif cette saison. Comme à l’Etoile il y a quelques années, Benzarti se retrouve dans un club qui a pour tradition de faire confiance aux jeunes du cru, et devra en profiter pour façonner son effectif.



Un effectif taillé sur-mesure


Au-delà de la qualité de l’effectif du CS Sfaxien, le groupe semble parfaitement construit pour répondre aux caractéristiques que recherche habituellement Faouzi Benzarti chez ses joueurs, lui permettant de mettre en place son projet de jeu assez rapidement. Plus besoin de présenter Aymen Dahmen, déjà international et titulaire indiscutable à seulement 23 ans, et très probablement futur numéro 1 des Aigles de Carthage. Formé au club, le jeune gardien s’est plus que jamais imposé comme l’un des meilleurs portiers de LP1 cette saison. Impérial sur sa ligne, il a également su gommer des erreurs qui l’empêchaient de se montrer régulier sur la durée. Capitaine du CSS, il sera assurément l’un des piliers de Faouzi Benzarti. On trouvera devant lui Hani Ammamou, également jeune international âgé de 22 ans qui bénéficie déjà d’une grande expérience en LP1. Leader de la défense, il se retrouve désormais orphelin de Nassim Hnid avec qui il formait l’une des paires les plus solides du pays, avant que ce dernier ne s’envole récemment pour l’AEK Athènes. Encore à la recherche de la meilleure formule pour accompagner Ammamou, Benzarti a titularisé à ses cotés Mohamed Ali Jouini lors du match contre le CA. Habituellement latéral gauche, l’ancien du Stade Tunisien est à 26 ans l’un des joueurs les plus expérimentés de ce jeune effectif. Doté d’une bonne qualité de relance, Jouini n’est cependant pas un défenseur central de métier, et il ne serait pas étonnant de voir le CSS chercher un remplaçant à Nassim Hnid dans les prochaines semaines. Sur le banc, les jeunes Nour Zaman Zammouri et Alaa Ghram semblent encore trop tendre, même si le dernier cité a disputé 8 matchs de LP1 cette saison à seulement 19 ans et sera l’un des joueurs à suivre pour le futur.


Aymen Dahmen (23 ans), gardien et capitaine du CS Sfaxien issu du centre de formation



Les latéraux titulaires devraient être sans grande surprise Houssem Dagdoug à gauche et Mohamed Ben Ali à droite. Tous deux capables d’apporter le surnombre dans le camp adverse, ils répondent aux critères recherchés par Faouzi Benzarti, même si Dagdoug, formé dans l'axe, bénéficie d’une plus grosse marge de progression à ce poste à seulement 22 ans. Au milieu, la paire de récupérateurs devrait être composée de Kingsley Sokari et Mohamed Ali Trabelsi. Les deux joueurs bénéficient de qualités parfaitement complémentaires, avec le jeune Trabelsi capable de couvrir une grande partie du terrain par ses courses et son gros volume de jeu, et Sokari qui brillera davantage par ses qualités d’organisateur. Devant eux, le trio offensif devrait être composé de Aymen Harzi sur l’aile gauche, le très jeune Achref Habbassi (18 ans) sur l’aile droite, et Ibrahima Tandia en position d'électron libre derrière l'attaquant. Devant, Kingsley Eduwo semble partir avec une légère avance sur l’algérien Zakaria Benchâa. Le nigérian bénéficie d’un profil qui correspond davantage aux critères que recherchent Benzarti chez un attaquant de pointe, avec une grosse qualité athlétique capable de gêner les défenses adverses et une faculté à servir de point d’appui. Cependant, un retour probable de Firas Chaouat, que Benzarti avait lancé en sélection lors de son cours passage à la tête des Aigles, risque de redistribuer les cartes à ce poste.



Un projet de jeu déjà visible


Comme souvent, le 4-2-3-1 semble être le système privilégié par Faouzi Benzarti depuis sa prise de fonction. Ce dispositif lui permet d’avoir un bloc compact en phase défensive, tout en occupant le camp adverse de façon rationnelle lors des phases offensives et en exploitant au mieux la qualités des ailiers. Ce système permet également de gérer au mieux les transitions défensives. Pour cela, un milieu de terrain comme Trabelsi capable de couvrir une large zone du terrain, et un défenseur comme Ammamou impérial dans les duels et capable de défendre loin de son but avec beaucoup d’espace dans son dos, sont tout simplement indispensables.

L'effectif du Club Sportif Sfaxien poste par poste dans le 4-2-3-1 de Faouzi Benzarti


A l'image des équipes entraînées tout au long de sa carrière, le CSS de Benzarti privilégie une construction depuis l’arrière. Dans cette optique, des défenseurs centraux avec une bonne qualité de relance sont nécessaires. L’objectif est alors de faire circuler le ballon entre les deux centraux (avec le soutien d’un latéral ou d’un récupérateur selon les cas) afin de provoquer le pressing adverse qui va libérer des espaces et permettre de trouver un angle de passe vers les côtés, qui est la zone privilégiée pour enclencher l’attaque. Une fois l’ailier trouvé, le latéral concerné, accompagné d’un des trois milieux (Sokari, Trabelsi ou Tandia selon la zone) va alors lui apporter son soutien et lui offrir la possibilité de combiner. Comme le montre la vidéo ci-dessous, l’objectif est ici de créer des triangles qui vont permettre à l’attaque sfaxienne de progresser à travers des combinaisons dans des petits espaces. Ici, l'offensive du CSS est avortée suite à une prise de balle ratée de Eduwo, mais l'idée est parfaitement exécutée.




Une autre séquence similaire nous montre cette fois comment plusieurs triangles peuvent être créés dans la même action grâce à une occupation efficace du terrain, ce qui permet de combiner dans des petits périmètres. La séquence se termine avec un coup-franc gagné par Sokari qui avait l'occasion de servir Tandia dans l'espace.


Une autre force du CSS de Benzarti est l’exploitation des espaces à travers un jeu rapide et vertical. Dans cette optique, un mouvement continu des joueurs visant à créer des combinaisons à trois est là aussi primordial. Un très bon exemple est cette action en fin de première mi-temps contre le Club Africain.


Après un long ballon du Club Africain, Ammamou gagne le duel face à Compaoré et permet au collectif sfaxien de démarrer une action d’école. Dagdoug trouve alors intelligemment Sokari grâce à une belle louche, qui la transmet à son tour Trabelsi. Le jeune milieu de terrain va alors orienter le jeu côté opposé et trouver Ben Ali. Le latéral droit cherche directement à combiner avec son ailier Habbassi, qui va la remettre à un Ammamou face au jeu qui lui en profite pour adresser une belle passe longue à Trabelsi, ce dernier s'étant projeté de façon intelligente dans le half-space droit après avoir initié l’attaque, et se retrouve désormais dans le rôle du troisième homme servant de point d’appui. Trabelsi peut alors remiser à Tandia en une touche, qui a toute la liberté de renverser le jeu une nouvelle fois côté opposé pour Aymen Harzi. L’ailier gauche a alors une variété de choix et plusieurs coéquipiers démarqués autour de lui, mais décide de tenter sa chance avec une frappe de loin qui est écartée grâce à une belle parade du gardien clubiste. Il est important de noter que lors des offensives sfaxiennes, Ibrahima Tandia opère en tant qu’électron libre, capable de servir de point d’appui ou d’attaquer la profondeur, le milieu offensif franco-malien est le véritable facteur X de l’attaque sfaxienne et celui qui dicte les actions dans les 30 derniers mètres.


Sur les phases défensives maintenant, le CS Sfaxien s’articule en 4-4-2 avec un bloc médian et deux lignes de 4 compactes derrière les 2 attaquants qui sont chargés de gêner la première relance.


Comme on peut le voir sur cette vidéo, Tandia et Eduwo ont pour rôle de bloquer les lignes de passes des défenseurs clubistes pour les empêcher de relancer proprement. Sur cette action, c’est seulement grâce à un pressing laxiste de Eduwo que Skander Laabidi peut progresser balle au pied et trouve un coéquipier entre les lignes. Une fois la ligne des deux attaquants franchie, Kingsley Sokari est chargé de cadrer le porteur, alors que Mohamed Ali Trabelsi doit lui rester légèrement en retrait afin de couvrir ses défenseurs centraux.

Les problèmes principaux identifiés sur le plan défensif lors du match contre le Club Africain concernent surtout le repli défensif lors des phases de transition, ainsi que les erreurs techniques de transmission dans la construction qui ont eu pour conséquence des pertes de balle dans des zones dangereuses. Ces deux axes de progression seront les éléments sur lesquels devront travailler Faouzi Benzarti et son staff lors des prochaines semaines afin de débuter la saison à venir dans les meilleurs conditions. Même s’il est difficile de lui attribuer la victoire contre l’Etoile, le bilan de Faouzi Benzarti depuis sa prise de fonctions est officiellement de deux victoires et deux matchs nuls en quatre rencontres. Six points décrochés contre des concurrents directs, une qualification pour la prochaine Ligue des Champions et un niveau de jeu déjà extrêmement prometteur, les premiers signaux envoyés par le CSS version Benzarti sont pour le moment positifs. Si l’objectif au niveau local sera sans doute d’aller titiller l’Espérance de Tunis en faisant au moins aussi bien que cette saison, l’arrivée du coach tunisien le plus expérimenté devrait avant tout nourrir de nouvelles ambitions continentales avec l’objectif de franchir un cap en Ligue des Champions. Alors que Benzarti sera chargé de faire passer une étape à cette jeune équipe sfaxienne, cette expérience devrait être l’une des dernières d'une très longue carrière pour le technicien âgé de 70 ans qui aura à cœur d’inscrire encore un peu plus son nom dans l’histoire du football tunisien.